Le début de l’allaitement est souvent idéalisé… et pourtant, il peut aussi être source
de questions, de fatigue, de doutes, voire de découragement. La nouvelle année,
comme le post-partum, est une période de renouveau, mais aussi de grande
vulnérabilité.
Bien démarrer l’allaitement ne veut pas dire que tout sera simple dès les premiers
jours. Il s’agit surtout de poser des bases solides, physiologiques et respectueuses,
pour le bébé et pour sa mère, tout en étant bien informée et soutenue.
En tant que consultante en lactation IBCLC, j’accompagne les parents avec une information
fiable et nuancée, en respectant leurs choix et le rythme de chaque bébé. Voici mes
clés pour vivre un début d’allaitement serein, sans pression inutile.
Comprendre les bases physiologiques de l’allaitement
L’allaitement repose sur un mécanisme naturel précis. Comprendre ce qui se joue
dans les premiers jours aide souvent à mieux vivre cette période intense.
Le contact peau à peau dès la naissance favorise le réflexe de succion du bébé,
stimule la production hormonale maternelle et facilite les premières tétées.
Deux hormones clés interviennent
- L’ocytocine, qui permet l’éjection du lait et favorise le lien affectif entre la mère et le bébé. Elle est libérée pendant le peau à peau, la tétée et les moments de proximité.
- La prolactine, qui stimule la production de lait. Il existe une production de base qui persiste après l’accouchement, mais chaque tétée déclenche un pic de prolactine, qui aide le corps à produire du lait pour la tétée suivante. Ce pic survient environ 30 à 45 minutes après la mise au sein, et il est naturellement plus élevé la nuit. C’est pourquoi les tétées fréquentes, et surtout nocturnes, sont particulièrement importantes pour soutenir une production de lait régulière.
Ces interactions hormonales expliquent pourquoi le contact, la fréquence des tétées
et la détente de la mère sont essentiels pour un démarrage réussi.
Les tétées sont fréquentes, généralement entre 8 et 12 par 24 heures, surtout les
premières semaines. Ce n’est pas un signe de manque de lait, mais un besoin
normal du nouveau-né et un levier essentiel pour installer une lactation adaptée. Ces
premiers jours peuvent sembler déroutants, mais cette phase est totalement normale
et participe à l’ajustement entre les besoins de bébé et votre production de lait.
Observer son bébé plutôt que de suivre l’horloge
Un des pièges au début de l’allaitement est de se fier uniquement aux horaires.
Chaque bébé est unique.
Observer son bébé permet de repérer les signes précoces de faim : mouvements de
bouche, recherche du sein, agitation, mains portées à la bouche. Dès ces signes,
proposez la tétée. Attendre les pleurs peut rendre la mise au sein plus difficile, car
c’est un signal tardif.
Un bébé peut téter très fréquemment au début : toutes les heures, toutes les 1H30,
toutes les 2H, voire toutes les 3H .Il peut parfois reprendre le sein seulement une
demi-heure après avoir tété, et c’est totalement normal et physiologique. Lorsqu’on
parle d’allaitement à la demande, cela signifie que l’on répond aux signes d’éveil et
de faim du bébé, et non aux horaires ou aux pleurs, qui sont des signaux tardifs et
rendent souvent la tétée moins efficace. Idéalement, les premières semaines, il est
recommandé de proposer les deux seins à chaque tétée. Par la suite, le bébé
régulera naturellement s’il souhaite prendre un seul sein ou les deux, selon ses
besoins.
Un bébé qui tète souvent n’est pas trop demandeur et ne manque pas de lait. Il suit
simplement sa physiologie. Apprendre à le regarder et l’écouter permet de
développer une relation plus intuitive, et de sortir de la peur de « mal faire ».
La position et prise du sein : la clé du confort
Une installation confortable et une prise du sein efficace sont centrales pour un
allaitement serein.
La position physiologique
La position physiologique est idéale pour le démarrage. La position dit BN. Le bébé
est aligné, ventre contre ventre avec sa mère, et bien soutenu par des coussins si
besoin. Sa tête est libre de bouger, le menton touche le sein en premier et le nez
reste dégagé pour respirer.
Une bonne prise permet une tétée confortable et sans douleur, et favorise le transfert
optimal de lait. Cette posture facilite l’ouverture naturelle de la bouche et la mise au
sein efficace.
Peu importe la position que vous utilisez pour allaiter, l’essentiel est que vous soyez
à l’aise dans cette posture : si vous êtes confortable, votre bébé le sera aussi.
La prise du sein
La bouche du bébé doit être grande ouverte, couvrant non seulement le mamelon
mais aussi une partie de l’aréole, plus visible sous le nez. Le menton touche le sein,
la lèvre inférieure est retroussée vers l’extérieur.
Une prise efficace se caractérise par :
- Bouche grande ouverte
- Prise asymétrique de l’aréole (plus de mamelon au-dessus qu’au-dessous)
- Succion profonde et régulière
Pour savoir si la tétée est efficace, le poids du bébé n’est pas le seul indicateur.
On peut repérer un bon transfert de lait grâce à plusieurs signes simples :
- Un bébé calme et satisfait après la tétée, qui relâche spontanément le sein.
- Des slaves de succions /déglutitions régulières et profondes
- Des couches bien remplies :
- Dès les premiers jours, le bébé mouille au moins 1 couche le premier jour, puis 2 le deuxième jour, 3 le troisième.
- À partir de la première semaine, il doit avoir 6 à 8 couches d’urine claires ou jaunes pâles sur 24 heures, signe qu’il reçoit suffisamment de lait.
- Des selles régulières : après la phase de méconium, elles deviennent molles, jaunes et granuleuses. Dans les premières semaines, il est normal d’avoir 3 à 6 selles par jour, certains bébés pouvant en avoir d’avantage sans que cela soit inquiétant.
Ces repères simples permettent aux parents de savoir si le bébé reçoit suffisamment
de lait, sans se concentrer uniquement sur la balance. Ils rassurent et aident à
observer le bébé dans sa globalité, en respectant son rythme physiologique.
L’allaitement ne devrait pas être douloureux. Une sensibilité passagère peut exister,
mais une douleur persistante, des crevasses ou une gêne importante ne sont jamais
normales et méritent d’être évaluées rapidement par une consultante en lactation ou
un professionnel formé.
Qui peut allaiter ?
Toutes les mamans peuvent allaiter. Les contre-indications sont très rares. Toutefois,
lorsqu’il existe une pathologie particulière de la mère ou de l’enfant, il est toujours
recommandé de se faire accompagner pour le démarrage, afin de s’assurer que
l’allaitement se passe bien et en toute sécurité.
Allaiter sans pression : trouver son propre rythme
Au démarrage, il y a souvent beaucoup de pression : sociale, familiale, ou celle que
l’on se met à soi-même.
Il n’existe pas un allaitement parfait. Chaque bébé est unique, chaque maman est
unique. Il existe seulement votre allaitement, celui qui s’adapte à votre histoire, votre
corps, votre bébé et votre vie.
Allaiter sans pression, c’est s’autoriser à douter, à ajuster, à demander de l’aide, et à
accepter que le chemin ne soit pas linéaire. Un accompagnement bienveillant et
individualisé aide à prévenir l’épuisement lié au post partum et à renforcer la
confiance parentale.
S’informer et s’entourer de ressources fiables
L’information circule vite et parfois mal. Il est essentiel de s’appuyer sur des sources
fiables et actualisées.
Les consultantes en lactation IBCLC, les groupes de soutien de mère à mère comme
la Leche League, les conseillères en allaitement, les puéricultrices, auxiliaires et
facilitatrices formées, possèdent des bases solides pour vous accompagner. Un
soutien précoce, même en prévention, peut faire toute la différence, surtout si des
expériences d’allaitement antérieures ont été difficiles.
Il est tout à fait possible de consulter une consultante en lactation IBCLC avant la
naissance pour préparer le démarrage de l’allaitement.
Pour conclure
Chaque allaitement est unique. Bien démarrer, ce n’est pas cocher des cases ou
suivre un modèle, mais se sentir soutenue, écoutée et légitime dans ses choix et se
faire confiance ainsi qu’à son bébé.
S’autoriser de la douceur, du temps et du soutien, c’est déjà poser les bases d’un
allaitement apaisé et respectueux, pour soi et pour son bébé.
Savourez chaque tétée, chaque câlin…
Je vous souhaite une belle aventure lactée !
Mélanie, Infirmière puéricultrice, Consultante en lactation IBCLC
Note d’information
Je tenais à vous présenter Anaïs et ses créations : elle réalise des bijoux d’allaitement faits main, pensés pour accompagner le lien parent‑bébé, ainsi que des coffrets de naissance complets et délicats.
Ce premier article est publié en collaboration avec elle. Vous pouvez découvrir ses créations uniques via le lien ci‑dessous :


